Hervé Charles. L'interprétant photographique.
Les images d'Hervé
Charles (Nivelles, 1965) renouvellent la perception statique classiquement
accordée â la photographie. En ce sens on peut dire qu'elles travaillent l'espace.
Détachés de la surface murale de quelques centimètres et encollés selon le
principe diasec, les clichés s'animent subtilement par effets de reliefs.
La perception évolue selon l'angle de vue. Une manière de questionner l'enjeu
de la photographie aujourd'hui, puisque le jeu de va-et-vient devant l'image
nous inscrit temporellement dans un processus de projection.
Parallèlement, Hervé Charles révèle et agit sur la potentialité
sculpturale de l'image plane.
Hervé Charles
respecte la photographie pour ses artifices et joue finement du médium comme
outil de falsification du réel. Bien que la référence â l'objet premier soit
revendiquée, Hervé Charles tente simultanément de perturber le système traditionnel
de représentations. En ce sens, les clichés transforment l'environnement par
l'image. Évacuer tout repère d'échelle induit la perte de référent et contrarie
le processus de reconnaissance, dont nous sommes trop souvent victimes, ce
qui nous amène â apprécier les formes ou un contraste de couleur pour ce qu'ils
sont, sans que nécessairement il y ait recours â l'identification.
L'exotisme environnemental
traduit un attrait effréné des formes. La série Le nuage et ses conséquences
montre la nature d'un même élément sous des aspects différents : eau, nuage,
neige, glace. Ici, les clichés jouent de l'ordre de la confusion. Via la photographie,
les éléments retrouvent leur paternité de manière plastique, visuelle. Parfois
un indice empêche la confusion, parfois l'interprétant affecte notre représentation
: des cristaux de souffre du cratère de Vulcano appellent une falaise.
Aptitudes au moment
et au cadrage sont les points forts du photographe, qui agit selon la méthode
du reportage, lorsque l'environnement immédiat ne cède aucune place â l'indécision.
Véritable mise en pratique, exercice périlleux, la photographie d'Hervé Charles
s'accomplit dans l'action, qu'il s'agisse de prises en avion, en parachute
ou encore â proximité d'un volcan actif. La thématique se concentre sur le
spectacle qu'offre la Nature, sur ses éléments non stables, en perpétuelle
transformation, où le domaine de l'éphémère rejoint celui de l'infini, tant
la beauté proposée par les paysages intime la modestie. La rutilance et l'agression
de l'Etna en éruption fascine. La lave corrosive, pigment grumeleux, est
la fois lambeaux de chair, taches ensanglantés et pétales de rose. On pourrait
s'attendre au retravaille de l'image puisque les conditions pratiques ne se
prêtent guère â la précision. C'est ici qu'une fois de plus le travail de
Hervé Charles nous surprend, lorsque l'on sait que les clichés sont
pris au reflex.
Cécilia Bezzan.