|
Dans la mise à jour du 28/ 07/2001 R. Clocchiatti nous donnait
une première analyse de l’éruption en cours. Il signalait entre autres la
présence probable de megacristaux
de Kaersutite, amphibole caractéristique
des roches alcalines, dans les produits de la coulée émise par la
boutonnière à 2140m. Par la même occasion il signalait l’existence de ce
minéral dans les laves des Monts
Silvestri (1892). L’étude détaillée de ces minéraux est en cours.

méga cristal d'amphibole (échantillon
du 18 juillet 2001)
|
| Les analyses |
|
SiO2 |
39,47 |
39,39 |
39,42 |
|
TiO2 |
3,62 |
3,49 |
3,63 |
|
Al2O3 |
14,39 |
14,65 |
14,28 |
|
FeO |
10,55 |
11,67 |
11,2 |
|
MnO |
0,05 |
0,04 |
0,21 |
|
MgO |
13,6 |
13,08 |
13,62 |
|
CaO |
11,93 |
12,29 |
12,15 |
|
Na2O |
2,25 |
2,2 |
2,25 |
|
K2O |
1,17 |
1,17 |
1,15 |
|
97,03 |
97,98 |
97,91 |
Le déficit non dosé
correspond à la somme des teneurs en eau, chlore et fluor.
Analyses effectuées
à la microsonde électronique Camebax Du Centre de microanalyse Camparis
Université de Paris VI.
|
Quelques données sur la minéralogie des laves récentes
de l’Etna.
Roberto. Clocchiatti
Laboratoire Pierre Süe, CEA-CNRS
91191.
Gif sur Yvette. France.
La température des laves de l’ETNA lorsqu’elles
arrivent à la surface est d’environ 1100°C. Elles sont alors formées par
des cristaux et des bulles de gaz qui flottent dans une matrice de silicates
fondus. Si la vitesse de refroidissement de la lave est lente la matrice
va se solidifier sous forme de petits cristaux, si le refroidissement est
rapide elle va se figer sous forme de verre. Le premier cas est celui des
coulées qui en fonction de leur épaisseur peuvent employer plusieurs jours,
voire mois pour refroidir, le second est celui de l’activité explosive où
les petites scories et les ponces arrivent au sol déjà refroidies. L’association
cristaux, bulles de gaz, matrice silicatée en fusion est constitue
le magma. Les trois états de la matière y sont représentés.
Les cristaux.
De manière un peu arbitraire on distingue deux grands types de cristaux
:
-
les phénocristaux, censés
cristalliser dans les « réservoirs » en profondeur, sont caractérisés par
leur forme régulière qui est un reflet de leur réseau cristallin, par leur
dimension suffisante pour que l’on puisse les observer à l’œil nu et par
leur couleur.
De manière générale ces cristaux sont en équilibre
physico-chimique avec le liquide silicaté à partir duquel ils se sont formés.
-
les microlites sont des
petits cristaux, visibles uniquement à la loupe, qui se forment au moment
du refroidissement de la lave dans des conditions qui s’éloignent de l’équilibre.
Les cristaux sont classés par familles en fonction de leur structure cristalline
déterminée par diffraction des rayons X. Quatre minéraux caractérisent les
laves de l’Etna : trois silicates, l’olivine, le pyroxène, le plagioclase
et un oxyde.
Les Olivines.
L’olivine est un silicate de fer et de magnésium qui doit
son nom à sa couleur vert-olive.
Dans
les laves actuelles (1999-2000) les cristaux sont de taille millimétrique,
dans les laves récentes ils peuvent atteindre et dépasser le centimètre
(Monti Rossi 1669, Monti Silvestri1892). Les cristaux entiers ont une forme
de tonnelet ou de sarcophage. La composition chimique des olivines varie
de manière continue d’un pôle ferrique,
la Fayalite ( Fa) à un pôle magnésien,
la Forstérite (Fo).
|

|
Cristal d'olivine
recouvert par une gaine de verre bulleux. Scories des Monti Rossi.
Cliché R.Clocchiatti
Dimension du cristal: 8 millimètre
|
On définit la nature chimique de l'olivine en fonction des
proportions respectives de fer et de magnésium. Les olivines magnésiennes
cristallisent dans des liquides plus chauds et d’origine plus profonde que
les liquides contenant des olivines riches en fer. Les olivines magnésiennes
se reconnaissent à leur couleur jaune paille, tandis que les olivines ferrifères
sont de couleur brune orangé.
Dans les laves de l’éruption de février 99 à mars 2000, la
composition des olivines varie de Fo68 (% de Forstérite) à Fo84 la distribution
des compositions est bi modale avec deux maxima situés autour de Fo71 et
Fo80, ce qui indique que ces
minéraux ont cristallisé dans deux liquides légèrement différents. Les olivines
sont peu abondantes dans les laves actuelles elles ne représentent pas plus
de 3% en volume. Les deux types de cristaux
que l’on trouve dans les laves actuelles se distinguent aussi par
leurs compagnons de cristallisation et leurs inclusions vitreuses et fluides.
|
Le cœur du cristal d’olivine Fo 80 est occupé par de petites
gouttes de magma qui par suite du brusque refroidissement des scories
sont figées sous forme de verre .Lamelle d’olivine polie sur deux faces.
Cliché de microscopie optique. Dimension du cristal 12mm. Eruption du
26 /01/ 2000. |

|
Les Fo 80 contiennent uniquement des inclusions de verre,
petites gouttes de magma piégées au cours de leur croissance en profondeur
et plus rarement des inclusions fluides à CO2 et H2O. Les Fo71 incluent
de nombreuses inclusions vitreuses associées ou non à des petits cristaux
de pyroxène, de plagioclase, d’oxydes de Fe-Ti et d’apatite.
|
SiO2
|
38.65
|
38.40
|
39.70
|
39.91
|
39.97
|
|
FeO
|
25.80
|
22.92
|
19.45
|
18.35
|
16.57
|
|
MnO
|
0.34
|
0.40
|
0.36
|
0.43
|
0.32
|
|
MgO
|
35.41
|
37.79
|
40.20
|
41.56
|
42.88
|
|
CaO
|
0.25
|
0.34
|
0.30
|
0.36
|
0.24
|
|
Tot
|
100.45
|
99.85
|
100.01
|
100.61
|
99.98
|
|
Fo%
|
70.99
|
74.62
|
78.65
|
80.15
|
82.19
|
Composition
chimique exprimée en poids d’oxydes de quelques cristaux d’olivine contenus
dans les scories émises par le cratère Sud Est lors du paroxysme
du 06/04/2000. Analyses effectuées à la microsonde électronique
Cameca SX50 du centre d’analyse Camparis, Université Pierre et Marie
Curie, Paris VI.
Fo=
pourcentage de Forsterite.
|
Les pyroxènes.
Les pyroxènes sont des minéraux silicatés de couleur noire.
Souvent
plusieurs cristaux sont regroupés suivant des directions cristallographiques
préférentielles. On désigne ces groupements sous le nom de mâclés.
Les pyroxènes mâclés en croix ou en sablier sont fréquents dans les
scories des Monti Rossi. Les cristaux sont pluri-millimetriques dans les
laves actuelles, ils atteignent 3 cm dans les scories des Monts Silvestri.
 |
Cristaux tabulaires de pyroxène «
augite » des scories des Monti Rossi. La dimension des cristaux est
de l’ordre de 15mm.
Cliché R.Clocchiatti.
|
Les pyroxènes et les plagioclases sont abondants, généralement
en proportions semblables, ils peuvent représenter ensemble 30 à 40 % en
volume de la lave. Il existe deux grandes familles de pyroxènes que l’on
différencie par leur structure cristalline et par leur composition :
-
les orthopyroxènes qui
ont une composition proche de celle de l’olivine, ce sont des minéraux ferromagnésiens.
-
Les clinopyroxènes qui
ont une composition complexe marquée par des teneurs élevées en calcium,
en fer et en magnésium. Ces trois éléments sont à la base de la classification
de ces minéraux ; le pôle calcique est nommé wollastonite (Wo),
le pôle magnésien enstatite (En) et le pôle
ferrique ferrosilite( Fs).
Seuls les clinopyroxènes sont présents dans les laves actuelles et
récentes de l’Etna.
Comme pour l’olivine on distingue deux gammes de compositions,
l’une à tendance magnésienne
que l’on nomme Diopside, l’autre plus riche
en fer que l’on nomme Augite.
Le diopside et l’olivine magnésienne cristallisent dans des
liquides plus riches en magnésium, plus chauds et à plus grande profondeur
que ceux dans lesquels se séparent les olivines riches en fer et les augites
.Les fronts de croissance des augites sont soulignés par le piégeage de
nombreuses inclusions vitreuses et cristallines, tandis que le diopside
contiennent uniquement quelques inclusions.
Fréquemment les pyroxènes de l’Etna montrent des structures zonées
où alternent des bandes de croissance à composition de diopside, plus ou
moins résorbé, avec des zones à composition d’augite. Ces textures sont
le témoignage de mélanges entre laves
légèrement différentes.
|
SiO2
|
48.20
|
48.02
|
47.92
|
49.08
|
49.97
|
|
TiO2
|
2.10
|
1.67
|
2.11
|
1.84
|
1.29
|
|
Al2O3
|
5.50
|
5.70
|
5.61
|
4.89
|
4.32
|
|
FeO
|
9.10
|
9.42
|
8.96
|
9.07
|
7.46
|
|
MnO
|
0.14
|
0.14
|
0.08
|
0.04
|
0.08
|
|
MgO
|
12.20
|
12.52
|
12.61
|
13.03
|
13.77
|
|
CaO
|
21.90
|
22.12
|
21.92
|
21.90
|
22.47
|
|
Na2O
|
0.60
|
0.40
|
0.47
|
0.29
|
0.46
|
|
Total
|
99.74
|
100.00
|
99.68
|
100.14
|
99.59
|
|
Wo
|
47.63
|
47.17
|
47.18
|
46.59
|
47.35
|
|
En
|
36.92
|
37.15
|
37.77
|
38.58
|
40.37
|
|
Fs
|
15.45
|
15.68
|
15.05
|
14.83
|
12.28
|
|
|
Composition chimique
exprimée en poids d’oxydes de quelques cristaux de clinopyroxène contenus
dans les scories émises par le cratère Sud Est lors du paroxysme
du 06/04/2000. Analyses effectuées à la microsonde électronique
Cameca SX50 du centre d’analyse Camparis, Université Pierre et Marie
Curie, Paris VI.
Wo=wollastonite En=Enstatite
Fs= Ferrosilite.
|
Les plagioclases.
Les plagioclases se présentent sous
forme de plaquettes aplaties, un peu comme des boites d’allumettes. Leur
couleur est blanche, les cristaux sont « clivés », cela signifie qu’ils
présentent de fines fractures parallèles aux faces
qui réfléchissent la lumière et leur confèrent un éclat brillant.
Les plagioclases sont des aluminosilicates de sodium et de calcium, il constituent
une solution solide entre deux pôles, l’un calcique l’Anorthite
(An), et l’autre sodique l’Albite (Ab).
|
Cristaux tabulaires de plagiocase des scories des Monti
Rossi.. Comme les pyroxènes les plagiocases sont mâclés . Chaque cristal
résulte de l’association de plusieurs individus orientés suivant des
lois cristallographiques bien précises. Ici la dimension des cristaux
est de l’ordre du mm . Ils peuvent atteindre le cm dans les scories
des Monts Silvestri..
Cliché R.Clocchiatti.
|
 |
Comme les pyroxènes les plagioclases sont zonés, le cœur
des cristaux est calcique (An80) très riche en inclusions vitreuses à grosses
bulles de gaz traduisant des fortes pressions de fluides. Les bords des
cristaux sont sodiques (An50) dépourvus
de verre ils correspondent à un niveau de cristallisation superficiel.
A l’instar des autres minéraux on retrouve l’empreinte de deux liquides
qui en se mélangeant aboutissent à la formation des laves récentes et actuelles
de l’Etna.
|
SiO2
|
53.20
|
53.08
|
52.59
|
49.23
|
48.41
|
|
Al2O3
|
29.12
|
29.57
|
30.46
|
31.68
|
33.18
|
|
FeO
|
0.79
|
0.48
|
0.84
|
0.92
|
0.71
|
|
CaO
|
11.53
|
12.04
|
13.06
|
14.83
|
15.50
|
|
Na2O
|
4.0.3
|
3.83
|
3.48
|
2.72
|
2.22
|
|
K2O
|
0.60
|
0.58
|
0.45
|
0.27
|
0.20
|
|
Total
|
99.27
|
99.59
|
100.9
|
99.65
|
100.40
|
|
An
|
59.02
|
61.21
|
65.65
|
73.88
|
78.60
|
|
Ab
|
37.33
|
35.23
|
31.66
|
24.52
|
20.19
|
|
Or
|
3.66
|
3.56
|
2.69
|
1.60
|
1.21
|
|
| Composition
chimique exprimée en poids d’oxydes de quelques cristaux de plagioclase
contenus dans les scories émises par le cratère Sud Est lors du paroxysme
du 06/04/2000. Analyses effectuées à la microsonde électronique
Cameca SX50 du centre d’analyse Camparis, Université Pierre et Marie
Curie, Paris VI. An=Anorthite.
Ab= Albite Or= Othose. |
Les Oxydes.
Les oxydes sont des minéraux de couleur noire en forme de
cubes et d’octaèdres qui cristallisent précocement dans les laves les moins
magnésiennes. En raison de leurs dimensions inférieures à 0,5mm ils sont
difficilement visibles à l’œil nu. Les oxydes des laves de l’Etna sont riches
en fer et en titane, mais contiennent aussi des quantités notables de magnésium
et d’aluminium. En fonction des teneurs respectives en fer et en titane
on les désigne avec les noms de Magnétite et de Titanomagnétite.
|
SiO2
|
0.12
|
0.10
|
0.13
|
0.09
|
0.21
|
|
TiO2
|
14.67
|
12.62
|
11.92
|
13.00
|
10.79
|
|
Al2O3
|
5.43
|
5.85
|
6.87
|
5.33
|
6.54
|
|
Fe2O3
|
36.48
|
36.47
|
34.19
|
34.43
|
32.99
|
|
FeO
|
37.24
|
39.32
|
39.27
|
40.42
|
42.01
|
|
Mno
|
0.64
|
0.81
|
0.75
|
0.75
|
0.81
|
|
MgO
|
5.68
|
4.13
|
5.16
|
5.75
|
5.22
|
|
CaO
|
0.00
|
0.08
|
0.09
|
0.08
|
0.23
|
|
Tot
|
100.3
|
99.37
|
98.38
|
99.84
|
98.80
|
|
Usp %
|
42.74
|
39.19
|
37.38
|
36.69
|
32.67
|
|
|
Composition chimique
exprimée en poids d’oxydes de quelques cristaux de magnétite - titanifère
contenus dans les scories émises par le cratère Sud Est lors du paroxysme
du 06/04/2000. Analyses effectuées à la microsonde électronique
Cameca SX50 du centre d’analyse Camparis, Université Pierre et Marie
Curie, Paris VI.
Usp=% d’ulvospinelle.
|

Les enclaves sédimentaires
L’édifice étnéen est construit sur trois
éléments structuraux principaux :
-
L’unité ibléenne qui se rattache à la croûte
continentale africaine d’âge Trias à Quaternaire.
De nature carbonatée
( calcaires et dolomies) cette formation plonge sous le volcan vers le Nord.
En d’autres termes l’Etna est situé sur la plaque africaine. Son épaisseur
et la nature des roches sous-jacentes sont encore mal connue.
-
L’avant fosse de Gela Catania est occupée par
une nappe qui représente l’extension la plus méridionale de la chaîne des
Apennins. Elle est formée par des évaporites du Miocène supérieur et par
des sables et marnes du plio-pléistocène. A l’aplomb du volcan la discontinuité
entre ces deux unités se situe à
une dizaine de km.
-
La troisième unité est la chaîne septentrionale
qui est constituée par un empilement de nappes considéré comme un fragment
de la chaîne appennino-magrébienne. Différentes unités se succèdent de haut
en bas : Mont Judica, Imeresi, Panoramides, le flysch numidien, les Sicilidi,
Monte Soro et Calabridi. La lithologie de chaque nappe comprend des alternances
de niveaux détritiques formés par des carbonates, des argiles, des sables,
des argiles, des marnes et des conglomérats.
Les laves de l’Etna traversent cet ensemble,
de plus de dix Km. d’épaisseur, elles échantillonnent ainsi une partie de
ces sédiments qui vont être remontées à la surface sous forme d’enclaves.
En raison de la température élevée du magma les sédiments sont plus ou moins
assimilés ou transformés ( thermométamorphisme).Les transformations peuvent
aller jusqu’ à la fusion totale
et la cristallisation du liquide ainsi crée.
Curieusement les travaux sur les enclaves
de l’Etna sont extrêmement rares. Les premières descriptions reviennent
à Silvestri (1884), à Basile (1888), à Duparc et Mrazec (1893) et à Lacroix
(1893). Stella Starabba (1910,1922) établit une classification des enclaves
des éruptions de 1669, 1883, 1886, 1892 et 1910 en fonction de leur morphologie.
Les enclaves ici décrites proviennent
essentiellement des Monti Silvestri (1892) qui avec le Monte Gemellaro ,
le Monte Frumento delle Concazze et les cônes de 1910 constituent les principaux
gisements.
Les enclaves siliceuses.
Elles sont faciles à repérer en raison
de leur couleur blanche. Leurs contours sont anguleux
dans le cas de matériaux peu transformés
et les textures initiales sont reconnaissables, ils deviennent de plus en
plus émoussés et arrondis au
fur et à mesure que la fusion les affecte.
 |
Enclave de flysch numidien dans
les laves de Monte Frumento delle Concazze. Remarquer le contour de
l’enclave à arêtes vives qui indique l’absence de phénomènes de fusion
et une prise en charge essentiellement mécanique lors de la remontée
du magma.
Cliché R.Clocchiatti.
|
La découverte de bombes torsadées et
de billes formées par un verre de composition granitique à texture de ponce,
laisse penser que les enclaves se trouvaient sous forme de poches de liquide
dans le magma basaltique. En raison de la différence de densité entre le
liquide acide et le liquide basaltique elles se sont séparées de ce dernier
par un phénomène de « vannage » lors de l’éruption. Ont aussi été rencontrées
des « obsidiennes noires » contenant quelques rares cristaux de plagioclase
et de quartz arrondis noyés dans un verre de composition granitique.
La minéralogie des enclaves siliceuses.
Le quartz.
Le quartz est un minéral transparent
formé uniquement de silicium et d’oxygène. Il a la propriété de cristalliser
dans un vaste domaine de température et de pression qui va de la température
ambiante et une atmosphère dans les roches sédimentaires aux températures
magmatiques et plusieurs milliers d’atmosphères dans les roches profondes
( granites, rhyolites, granulites).
Minéral très résistant aux attaques chimiques et mécaniques
il est le constituant majeur des roches détritiques comme les sables.
|
Lame mince dans une enclave siliceuse des Monti Silvestri.
Ici le matériel originel a partiellement fondu et donné naissance à
un liquide riche en silice figé sous forme de verre lors de l’éruption.
Des minéraux de la roche initiale sont encore présents sous forme de
cristaux de quartz aux contours émousses par la fusion et de feldspaths
déchiquetés. Des pyroxènes, en baguettes de couleur verte, on poussé
dans ce liquide qui ne s’est pas mélangé avec le magma de l’Etna. Cliché
R.Clocchiatti. |
 |
Dans les enclaves siliceuses le quartz
est, soit hérité des roches sédimentaires ; il se présente alors en grains
arrondis usés par l’érosion, soit cristallisé à partir du liquide de fusion
; il se présente alors en cristaux réguliers à faces bien exprimées. Les
polymorphes de la silice tridymite et cristobalite ont aussi été observés.
Les pyroxènes.
A l’instar du quartz, le pyroxène peut
être considéré comme un minéral caractéristique des enclaves siliceuses.
Il se présente sous forme d’aiguilles de quelques centièmes de mm. Dans
le verre acide ou bien dans la zone de contact avec le magma basique où
il constitue une auréole de réaction de couleur verte. Les pyroxènes des
enclaves se distinguent de ceux des laves par leur composition dépourvue
de titane et d’aluminium.
Les verres
L’abondance du verre varie d’une enclave
à l’autre en fonction de leur degré de fusion.
Tous les stades de transition existent
entre les deux extrêmes représentés par :
-
Les enclaves de type sableux
où la seule zone de contact entre l’enclave et le magma est
vitrifiée. Le remplissage de l’enclave est alors constitué de grains de
sable disjoints.
-
Les enclaves en forme de bombe,
boules sphériques ou ovoïdes, bombes fusiformes aux extrémités torsadées résultant de la fusion très poussée voire totale de l’enclave
sédimentaire.
Les enclaves
de type sableux sont et de loin les plus abondantes. Elles ont été rencontrées
aussi bien dans les laves récentes que dans les laves anciennes ( Monte
Frumento delle Concazze, Monte Pomiciaro). En lame mince, le verre est incolore
à brun rouge, sa texture est le plus souvent perlitique ou vacuolaire à
aspect de ponce.
Dans leur grande majorité les verres
sont de nature acide ( 80%> SiO2>60%) . On observe des variations de composition
au sein d’une même enclave et à fortiori d’une enclave à l’autre .Ces différences
sont imputables à l’hétérogénéité du matériel sédimentaire originel et aux
phénomènes de mélange et de diffusion. Les points représentatifs des compositions
chimiques des verres ont été reportées dans un diagramme Si-Al-Ca définissent
plusieurs domaines qui gravitent autour de la composition chimique moyenne
du liquide résiduel des laves. Ceux des enclaves acides se disposent suivant
une droite qui réunit le liquide résiduel des laves à un liquide enrichi
en silice.
Les enclaves carbonatées.
Beaucoup plus rares que les enclaves
siliceuses, elles sont reconnaissables car elles ont conservé leur morphologie
originelle. Elles se présentent en plaquettes aux contours anguleux, leurs
dimensions varient de quelques millimètres à plusieurs dizaines de centimètres.
En fonction de l’intensité des transformations au contact du magma, on observe
des échantillons où la phase carbonatée blanchatre et pulvérulente est encore
individualisée et d’autres où les carbonates originels ont été remplacés
par une para genèse de minéraux calciques :
clinopyroxène, wollastonite
et anorthite. Les textures sédimentaires sont, le plus
souvent, bien conservées. La dimension et la morphologie des cristaux, les
proportions entre les différents minéraux et leur agencement varient énormément
au sein de la même enclave.
|

|
Enclave carbonatée. Les minéraux de la
roche sédimentaire sont remplacés par des pyroxènes de couleur verte
(Fassaïte) et par des plagioclases de couleur blanche (Anorthite) disposés
suivant des bandes qui correspondent à la texture initiale litée de
la roche originelle. Monti Silvestri. Cliché R.Clocchiatti.
|
Les enclaves mono minérales ne sont
pas rares. La limite enclave-magma est marquée par une auréole de
clinopyroxène fassaïtique qui évolue vers les augites
dans la partie la plus externe de l’auréole. La présence de melilite
décrite par Stella Starabba en 1910 est confirmée et pour la première fois
sont décrits le sphène, la larnite,
la spurrite et le
grenat (andradite et melanite).
La minéralogie des enclaves carbonatées.
La minéralogie des enclaves carbonatées
est assez complexe. Les différents
minéraux, si l’on exclut le pyroxène qui est reconnaissable à l’œil
nu en raison de sa couleur verte, sont déterminés en microscopie optique
et analysée par des techniques de rayons X. Pour cette raison nous nous
limiterons à donner quelques renseignements d’intérêt général et citerons
les ouvrages où trouver plus de renseignements.
Les clinopyroxènes
Ils sont les minéraux typiques des enclaves
carbonatées où ils forment
l’auréole réactionnelle, sorte de gaine, qui isole l’enclave du magma et
lui permet ainsi de ne pas être complètement assimilée par le magma. Les
clinopyroxènes des enclaves carbonatées se distinguent de ceux des enclaves
siliceuses car à l’opposé de ces derniers ils sont très riches en aluminium,
en titane et en calcium (Fassaïtes). La partie
interne de certaines enclaves est entièrement formée par un pyroxène blanc,
clivé la Wollastonite qui est le pôle calcique
de la classification des pyroxènes ( voir le paragraphe consacré à la minéralogie
des laves de l’Etna).La wollastonite a un intérêt particulier à l’Etna car
elle contient des inclusions d’anhydride carbonique ( CO2) qui proviennent
de la décomposition ( décarbonatation) des roches calcaires traversées.
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Les petites bulles noires sont des inclusions
fluides constituées essentiellement par du CO2 gazeux dans
un cristal de wollastonite( Ca2SiO4). Monti Silvestri.
Cliché R.Clocchiatti. |
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En mesurant la densité de ce gaz on
peut calculer la profondeur de piégeage ce qui revient aussi à avoir une
idée sur la profondeur du réservoir où magma
et parois de l’encaissant avaient le temps de réagir. Ainsi le réservoir
qui a alimenté l’éruption de 1892 était situé à 1500m. sous les Silvestri
(alt.1900m.) , c’est à dire à 400m au-dessus du niveau de la mer dans l’édifice
volcanique. Celui de l’éruption des Monti Rossi (alt.700m.) localisé aux
environs de 2000m.était plus profond à 1300m dans la pile de roches sédimentaires.
Ces résultats soulignent le caractère superficiel des interactions en accord avec les données géologiques qui situent l’empilement
des différentes nappes entre +1500m. et –5000m.
L’anorthite
est le pôle calcique de la famille des plagioclases.
Souvent associé au pyroxène et à la wollastonite ils comblent les vides
laissés par la cristallisation de ces deux minéraux. Contrairement aux plagioclases
des laves l’anorthite des enclaves est très peu zonée. Par contre comme
la wollastonite elle contient des inclusions fluides à CO2 qui ont été utilisées
pour déterminer les profondeurs de cristallisation.
Les autres minéraux Melilite,
Spurrite, Perovskite, Larnite sont des curiosités en
raison de leur rareté dans les roches terrestres. Tous ont un point commun,
ils traduisent une assimilation de carbonates par les liquides provenant
de la fusion des enclaves et localement par le magma.
Les verres.
La quantité de verre interstitiel est
variable d’une enclave à l’autre. Au contact du magma la composition du
liquide s’identifie à celle du verre résiduel de la lave, par contre elle
s’enrichit de façon remarquable en Calcium vers le centre de l’enclave où
le taux maximum d’assimilation exprimée en volume de calcaire est de l’ordre
de 23%.
Plus rares que les enclaves siliceuses,
les enclaves carbonatées sont très intéressantes pour deux raisons :
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La présence d’inclusions fluides indique qu’une
partie du CO2 émis par le volcan trouve son origine dans la décarbonatation
des niveaux calcaires traversés, ce qui est confirmé par les études isotopiques
des gaz (Allard1986).
-
Les pressions partielles de CO2, déterminées
à partir de ces inclusions nous indiquent que la décarbonatation à lieu
superficiellement dans les niveaux calcaires des Flysch, là où se trouvaient
les réservoirs magmatiques.
La profondeur de ces réservoirs à été déterminée en mesurant la densité
de ces inclusions.
Les enclaves hyperalumineuses.
Elles sont décrites pour la première
fois dans les laves de l’Etna. Elles doivent leur nom à leur richesse en
minéraux dont l’aluminium est le constituant essentiel. Lorsqu’elles sont
peu transformées elles peuvent facilement être confondues avec les enclaves
carbonatées ou encore avec des agrégats de cristaux des laves. Si la fusion
est poussée elles acquièrent des caractères voisins de ceux des enclaves
acides fondues tel des contours arrondis ou la forme de petites bombes.
On distingue deux grandes catégories en fonction des minéraux qu’elles contiennent
:
-Les enclaves à plagioclase et hercynite.
Elles résultent de l’association de
nombreux cristaux de plagioclase disposés suivant une série de couronnes
concentriques. Les cristaux ont leur forme propre ( ils sont automorphes)
et jointifs dans les couronnes les plus externes, leur agencement devient
plus lâche vers le centre de l’enclave où ils baignent dans un verre de
composition assez proche de celle du liquide résiduel des laves. Toutefois
il se distinguent de ce dernier par des teneurs plus élevées en aluminium
(20%en poids de Al2O3) et en fer.
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L’hercynite est un oxyde très riche en
alumine et en fer qui se présente en cristaux cubiques de couleur verte,
ici piégés dans un cristal d’anorthite. ce minéral et la cordiérite
sont caractéristiques des enclaves hyper alumineuses.
Monti Silvestri.
Cliché R.Clocchiatti.
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Les plagioclases des enclaves se distinguent
de ceux des laves car ils contiennent de nombreux cristaux d’
hercynite, de titanomagnetite et des globules de sulfure
de fer et de cuivre (chalcopyrite). L’hercynite est un oxyde d’aluminium
avec du fer et du magnésium, sa couleur verte permet de le distinguer des
autres oxydes qui sont noir ou rougeâtres.
- Les enclaves à cordiérite.
De forme globulaire et de dimensions
centimétriques elles sont caractérisées par des textures
(
la manière dont les cristaux sont disposés les uns par rapport aux autres)
complexes où alternent des domaines lenticulaires cristallisés avec des
zones vitreuses claires et vacuolaires.
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La cordiérite est un silicate d’alumine, de
fer minéral et de magnésium caractéristique des roches métamorphiques et
des magmas anatéctiques. Les roches métamorphiques sont des roches qui résultent
de la transformation de roches sédimentaires par enfouissement accompagné
d’une augmentation de la pression
et de la température. Les transformations sont progressives.
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Cristal de Cordiérite présentant la macle en étoile typique
des cristaux ayant poussé dans un milieu silicaté fondu à température
élevée. La cordiérite appartient à une famille complexe d’aluminosilicates
de magnésium et de fer très répandue dans les roches métamorphiques
et dans les laves d’origine anatéxiques (laves provenant de la fusion
de roches contenues dans la croûte terrestre).
Cliché R.Clocchiatti. |
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Les minéraux de la roche sédimentaire,
stables à basses température et pression,
sont remplacés par des minéraux stables dans les nouvelles conditions
de température et de pression (roches métamorphiques).
Lorsque ces transformations vont jusqu’à la fusion des roches sédimentaires
on parle de magmas anatéctiques. Ces magmas
sont bien connus en Toscane (Roccastrada
et S.Vincenzo) et en Tunisie Septentrionale (Aïn el Deflaia). Les
enclaves hyper alumineuses sont le résultat d’un processus analogue mais
où l’agent principal de transformation des sédiments est la température
de la lave d’ou le terme de thermométamorphisme.
Les autres minéraux de ces enclaves sont l’hercynite, déjà citée, le plagioclase
et la sillimanite. La sillimanite est un silicate
d’aluminium qui se présente en fibres et en petits cristaux tabulaires qui
donnent à l’enclave un aspect brillant. Les verres sont très abondants,
transparents et vésiculaires. Leur composition est très proche de celle
de verres des enclaves acides. Ces enclaves proviennent très vraisemblablement
de la transformation de sédiments marno-argileux ou de schistes.
Conclusions
Contrairement à une idée généralement
admise les enclaves ne sont pas rares dans certaines laves de l’Etna. Elles
montrent une grande variabilité de faciès, qui est liée à l’hétérogénéité
pétrographique de la zone d’apport. Malgré cela trois grands groupes ont
été distingués. Du point de vue minéralogique il convient de signaler que
certains minéraux comme la cordiérite, la sillimanite,
l’hercynite, le grenat, la larnite, la spurrite
sont signalés pour la première fois à l’Etna.
Les enclaves constituent un témoignage
indiscutable des interactions entre le magma et les parois du système d’alimentation
représenté par les roches du soubassement sédimentaire.
Plusieurs processus réactionnels ont
été mis en évidence.
-La fusion plus ou moins poussée de
certains sédiments comme les sables micacés et les schistes donne naissance
à des liquides granitiques. Ces liquides ne se mélangent pas ou peu avec
le magma de l’Etna pour des raisons comme les contrastes de viscosité et
de composition ou encore parce que les temps de contact ne sont pas suffisants.
Le mélange est aussi contrarié par la formation d’une couronne de pyroxènes
réactionnels qui constitue une carapace qui isole l’enclave de son milieu
environnant. Les liquides de composition granitique ont été rencontrés dans
les enclaves siliceuses où il cristallisent du quartz et des pyroxènes et
dans les enclaves hyper alumineuses où ils cristallisent
de l’hercynite , de la cordiérite, de la sillimanite, du plagioclase.
-Dans les enclaves carbonatées, les
mécanismes qui interviennent sont différents.
On assiste à la déstabilisation des
carbonates qui libèrent du calcium et du CO2.
Une partie du calcium pourra être, tout
au moins localement, dissoute dans le magma de l’Etna, l’autre va réagir
pour donner des minéraux comme la fassaïte, la wollastonite et l’anorthite.
Le CO2 libéré va suivre deux voies différentes : une partie va être émise
avec les gaz d’origine profonde, l’autre est piégée sous forme d’inclusions
fluides dans les minéraux qui cristallisent au moment des réactions entre
le magma et les sédiments. Ces inclusions vont
permettre, par la mesure de leur densité, de localiser la profondeur
de cristallisation des minéraux des enclaves et d’avoir une idée de la profondeur
minimale des réservoirs magmatiques.
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