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QUELQUES OBSERVATIONS MINERALOGIQUES SUR LES CENDRES EMISE PAR LE CRATERE

 NORD EST  le 18 juin 2002

Par R.Clocchiatti

 Lab.P.Süe CE Saclay  91191

 

 

 Ces cendres ont été récoltées sur le bord du cratère NE par Charles Rivière lors de son séjour.

La première observation que l’on peut faire est que ces cendres sont fines et bien classées du point de vue de leur granulométrie, toutes les particules sont de taille inférieure à 1 mm Fig.1.

Fig.1 Vue d’ensemble des esquilles de verre et de roche recueillies dans la fraction comprise entre 1 et 0.5 mm. Photo R. Clocchiatti

 

La deuxième observations porte sur leur nature ;  un comptage sur plus de trois cent particules, de taille comprise entre 1 et 0.5 mm, montre qu’elles sont formées par  20 à 30% de magma frais, qui se présente sous forme d’esquilles bulleuses, souvent étirées. Fig.2.

 

Fig.2 Feldspaths en tablettes recouverts par une gaine de verre brillant, trois cristaux dans la partie supérieure du cliché. Dans la partie inférieure de la photo observe quatre morceaux de magma frais vésiculés et étirés. Clichés réalisés à la loupe binoculaire. Photo R. Clocchiatti

 

Environ 60 à 70% du matériel est constitué par des esquilles de couleur plus sombre, la phase vitreuses est moins bien conservée et très souvent remplacée par de très petits cristaux qui confèrent à ces esquilles un aspect mat Ce matériel pourrait provenir de la partie supérieure du niveau de la colonne magmatique, qui se refroidit partiellement et voit ainsi sa viscosité augmenter et empêcher le dégazage normal. La pression exercée par l’accumulation de gaz sous cette croûte de magma, partiellement solidifiée, va finir par en vaincre la résistance mécanique et la brusque décompression, liée à sa fracturation va entraîner la pulvérisation de cette croûte et permettre à une petite quantité de magma frais de s’échapper du conduit.

Le tout est complété par  environ 10% de morceaux de roche ou de verre oxydés ou altérés arrachés aux parois du conduit d’alimentation .

Parmi les minéraux, qui sont quantitativement peu abondants dans ces cendres, seuls les plagioclases ont été trouvés associés au magma frais, plagioclase, olivine et pyroxènes sont présents dans les débris de la croûte.

Ces observations indiquent que le magma est présent en profondeur et qu’une étude systématique des proportions des différents constituants, notamment une augmentation des quantités de magma frais dans les cendres, résulte des modifications physiques du sommet de la colonne magmatique. Les études de ce type facilement réalisables à l’aide d’ une simple loupe binoculaire permettent de mieux comprendre ce qu’il se passe au sommet de la colonne magmatique. L’étude systématique des émissions de cendres doit permettre de suivre, non seulement, l’évolution superficielle de la colonne magmatique mais aussi de se faire une idée de comment vont évoluer les dynamismes éruptifs.

 

 

 

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Mégacristaux d'amphibole dans les laves de l'Etna

( l'éruption de juillet-août 2001).

 

Roberto Clocchiatti

CNRS and CEN Saclay

91191 Gif s/ Yvette cedex, France

 

La lave qui a jailli de la fissure ouverte à 2100m d'altitude sur le flanc sud de l'Etna, à proximité des Monts Silvestri supérieurs, le 18 juillet 2001, contient des mégacristaux d'amphibole ( Pargasite, Kaersutite) atteignant la taille exceptionnelle de 8cm selon l'axe c et environ 1cm selon b. On trouve ces cristaux en individus isolés dans les projections de l'activité strombolienne car ils se sont séparés par vannage de la phase fondue. Ils sont souvent présents dans la partie scoriacée des coulées, parfois associés à des enclaves sédimentaires. Plus rarement l'amphibole se présente en individus trapus, qui peuvent être facilement confondus avec des pyroxènes. Les individus aciculaires de 2 à 3cm de long ( axe c) sont fréquents.

 

 

Cristal d'amphibole (Pargasite) recueilli dans la coulée à 2150m.

Sur le fond analyse à la microsonde électronique (Centre d'analyse Camparis, Université Pierre et Marie Curie, Paris VI) Échantillon J.C.Tanguy, analyse et cliché R.Clocchiatti".

 

   

 

En lame mince la partie centrale des cristaux est lacunaire, on observe de nombreux vides sphériques, empreintes laissées par des bulles de gaz qui ont servi de support à la nucléation des amphiboles. Le gaz est aussi présent sous forme d'inclusions fluides constituées de vapeur d'eau de faible densité ainsi que dans des inclusions mixtes ( verre +silicates+sulfures+gaz). Les amphiboles se développent aussi à partir d'enclaves gréseuses et de minéraux de la lave que l'on retrouve en inclusions (Plagioclase An85-76, Ol 75, Cpx Wo45-En42-Fs13, les oxydes de Fe-Ti). Les sulfures de Fe et Fe-Cu sont présents sous forme de filonnets ou associés à des inclusions fluides et vitreuses. Souvent dans la bordure des cristaux sont piégés des lattes de plagioclase, compagnons de cristallisation de l'amphibole, leur composition est très basique (An88-85) et homogène. L'ensemble de ces observations indique que les cristaux d'amphibole ont cristallisé dans un réservoir superficiel, dans une poche de magma en cours de refroidissement, sursaturée en fluides et au contact du soubassement sédimentaire.

 

Cristaux d'amphibole observés au microscope optique en lame mince; à gauche séction longitudinale, à droite séction basale. Lumière analysée et polarisée. Echelle la base de la photo = 2mm. Coulée du 20/07/01 à 2150m.

Photo de microscopie électronique à balayage MEB.Grandissement 250 fois. Le coeur des cristaux d'amphibole est occupé par des micro- géodes (anciennes bulles de gaz) dans lesquelles cristallisent les phases de déstabilisation (Rhönite, fassaïte et oxydes). Le même assemblage minéralogique occupe la bordure des cristaux.

Cliché réalisé au service de MEB UFR 928   Université Pierre et Marie Curie par O.Boundama.

 

L'amphibole est de composition assez homogène, toutefois on peut distinguer deux types de cristaux, des cristaux riches en potassium (K2O>1) et des cristaux pauvres en potassium (K2O<1). Ces derniers sont généralement déstabilisés et présentent une auréole composée de microcristaux de Fassaïte, de Rhonïte et d'oxydes Fe-Ti, dans un verre riche en Si, Al et alcalins. Leur composition est analogue à celle de quelques amphiboles de beaucoup plus petite taille présentes dans les scories des Monts Silvestri (1892).

L'amphibole a été trouvée de manière occasionnelle dans les laves des deux ou trois derniers millénaires, mais jamais en cristaux de taille centimétrique. Au cours du temps l'amphibole montre un enrichissement en potassium similaire à celui constaté dans les laves depuis 1970. (Tanguy et Kieffer 1976, Joron et Treuil 1984).En d'autres termes les amphiboles de la dernière éruption enregistrent et apportent une preuve supplémentaire de la contamination sélective en potassium ( et Cs, Rb) à partir du soubassement sédimentaire ( Clocchiatti et al., 1988).Les conditions de mise en place et les temps de résidence du magma dans le réservoir superficiel sont discutés.

 

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Recherches en cours sur l'éruption fissurale de l'Etna du mois de juillet 2001.

Roberto Clocchiatti

CNRS and CEN Saclay

91191 Gif s/ Yvette cedex, France

 

On 18 July a new vent opened on the S flank at 2100 m elevation (Bulletin v.26, no.9) Lava from that vent contained exceptionally large crystals of amphibole (Pargasite-kaersulite) reaching to 6-8 cm along the c axis and less than 1 cm along the b axis (figure 2). These megacrysts, apparently blown loose by Strombolian explosions, were weakly adhering to the scoriaceous part of the flow, most  of them found as isolated crystals practically free of lava. More rarely, amphibole is not elongated and may be confused with pyroxene.

Acicular amphibole crystals 2 or 3 cm long were also common. In thin section, their central part contains spherical voids, which seems to indicate that the mineral grew in contact with gas bubbles. Gas present in fluid inclusions probably consists of water vapor at low density. The crystals often occur in areas with elevated silica. We presume that these areas resulted from siliceous inclusions, perhaps from sandstones, which clearly occur as inclusions elsewhere in the host lava. Other minerals included within amphibole consist of plagioclase (AN 85-76), olivine (Fo75), pyroxene (Wo45-En42-Fs13), Fe-Ti oxides, and numerous iron and copper sulfides. These sulfides do not resemble those from immiscible sulfur liquids within silicate melts, but are aggregates or trapped within fluid inclusions, and their compositions, mostly pyrite or copper pyrite, suggest an origin from magma cooling in a shallow reservoir.

Figure 2. Photograph of amphibole megacrysts found in the lavas emitted during the July 2001 S-flank eruption at Etna. Courtesy of Roberto Clocchiatti.

The amphibole megacrysts are practically unzoned. They sometimes show a thin reaction rim of rhonite and fassaite within a melt strongly enriched in Si, Al, and alkalis. Microprobe analyses show that their composition is roughly that of a kaersutite close to pargasite or ferropargasite (table 1). Although kaersutite is occasionally found in ancient Etnean Products, it has never been observed as phenocrysts in lavas during the past 2,000 years, let alone as such large chrystals. The 2001 host lava is a K-trachybasalt whose chemical  composition is practically identical to that of the lava with elevated K, Rb, and Cs content that first appeared in 1974 and started a period of stronger activity, probably linked to selective assimilation of rocks from the sedimentary and metamorphic basement (Tanguy and Kieffer, 1976, Clocchiatti and others, 1988).

Amphibole SIO2 TIO2 AL2O3 Fe0 MgO Ca0 NA20 K20
% oxides 35.59 3.76 14.07 11.15 13.50 12.17 2.36 1.09
Std Deviation 0.36 0.29 0.29 0.31 0.20 0.16 0.07 0.08

 

Table 1. Amphibole microprobe analysis for megacrysts of the July 2001 S-flank eruption at Etna. Number of analyses was 60; oxide total was 98.79wt %.  Courtesy of Roberto Clocchiatti.

 

 

In the present case, the amphibole megacryst are closely linked to the early products of the 2,100 m vent, which also display numerous white sandstone  inclusions sometimes reaching the size of a human head. Amphibole as well as sandstone inclusions are less frequent in the products from the 2,600 m vent end are not found in lavas from the upper vents (2,700-3,000 m elevation). Although investigations are still in progress, it may be hypothesized that the amphibole developed under high water pressure at a later stage of crystallization, probably near the sandstone roof of a small, shallow magma chamber. The recent origin of the amphibole megacrysts is also testified by their K-content, which reflects the higher K contents of magmas from the past 30 years (figure 3).

 

Figure 3. A plot of K2O versus Na2O for various amphiboles found at Etna.  Courtesy of Jean Claude Tanguy and Roberto Clocchiatti.

 

References: Tanguy,J.C, and Kieffer,G, 1976, The 1974 eruption at Mount Etna: Bulletin of Volcanology, V. 40, no.4, p.239-253.

Clocchiatti,R, Joron,J.L, and Treuil, M, 1988, The role of selective alkali contamination in the evolution of recent historie lavas of Mt. Etna: Journal of Volcanological  and Geothermal Research, V.34, p. 241-249.

Information Contacts: Roberto Clocchiatti, CNRS and CEN Saclay, 91191 Gif s/ Yvette cedex, France; Jean Claude tanguy, University of Paris 6 and IPGP, 94107 St Maur des Fossés cedex, France.

Nous remercions Rick Wunderman, Global Volcanism Program  pour la l'autorisation de publier l'article ci dessus du Bulletin of the Volcanisme Network, Volume 26, Number 10, October 2001.

 

 

 

Dans la mise à jour du 28/ 07/2001 R. Clocchiatti nous donnait une première analyse de l’éruption en cours. Il signalait entre autres la présence  probable de megacristaux de Kaersutite, amphibole caractéristique des roches alcalines, dans les produits de la coulée émise par la boutonnière à 2140m. Par la même occasion il signalait l’existence de ce minéral dans les laves des Monts Silvestri (1892). L’étude détaillée de ces minéraux est en cours.

 

méga cristal d'amphibole (échantillon du 18 juillet 2001)

 

Les analyses

SiO2 39,47 39,39 39,42
TiO2 3,62 3,49 3,63
Al2O3 14,39 14,65 14,28
FeO 10,55 11,67 11,2
MnO 0,05 0,04 0,21
MgO 13,6 13,08 13,62
CaO 11,93 12,29 12,15
Na2O 2,25 2,2 2,25
K2O 1,17 1,17 1,15
97,03 97,98 97,91

Le déficit non dosé correspond à la somme des teneurs en eau, chlore et fluor.

Analyses effectuées à la microsonde électronique Camebax Du Centre de microanalyse Camparis Université de Paris VI.

 

 

 

Documents inédits du 01 février 2001

R. Clocchiatti, J. L. Joron

Laboratoire Pierre Süe, CEA-CNRS

 

Variations de la concentration en thorium dans les laves de l’Etna au cours des 2 dernières années.

 

L’activité éruptive de l’Etna est induite et contrôlée par la montée d’un magma profond peu différencié.

 

 

Vers la fin de l’année 98 le cratère de S.E. a été le siège d’une activité explosive intermittente caractérisée par des fontaines de lave, des émissions de cendres et des coulées de débordement. En raison des conditions climatiques défavorables les prélèvements sur le terrain ont été peu nombreux. Les laves émises à cette époque sont différenciées ainsi que le montre leur teneur élevée en Th=8.5. Le 4 février 99, une fracture de direction NW-SE s’ouvre à la base du flanc sud du cratère SE, après un épisode paroxysmal caractérisé par de fontaines de lave,, l’activité va se manifester essentiellement sous forme de coulées subterminales.

Les matériaux du 04/02 sont caractérisés par des valeurs du Th comprises entre 7.2 et 7.7 qui marquent une alimentation par un magma moins différencié qui va progressivement s’enrichir en thorium et atteindre des valeurs proches de 8.5 à la fin du mois de Juin 99. Au mois de Juillet, la Voragine et la Bocca Nuova sont très actives ; toutefois l’activité strombolienne demeure intracraterique. Simultanément l’activité de type explosif reprend au cratère SE. Cette période semble correspondre à une nouvelle alimentation qui ramène le Th à des valeurs proches de 7.5. Aux mois de septembre et d’octobre, le cratère central entre en phase paroxysmale. De la Bocca des coulées débordent et se déversent sur le flanc occidental du volcan. Leur teneur en Th, analogue à celle des matériaux émis par le SE au début de février 99 indique que le système superficiel est de nouveau alimenté par du magma profond. Cette alimentation n’est pas ressentie par le SE dont les laves atteignent leur maximum de différenciation avec un Th supérieur à 8.5 prouvant ainsi la coexistence de deux liquides différents et l’indépendance à un niveau superficiel des conduits d’alimentation. A partir de novembre et jusqu’à la fin janvier 2000 on a une période de calme. A partir du 26/01 vont se succéder, de manière assez régulière dans le temps,66 épisodes paroxysmaux à fontaines de lave, de brève durée mais de très forte énergie. De janvier à mai les valeurs du Th passent de 7.2 à 6.6. qui sont les valeurs les plus basses mesurées dans les laves des trente dernières années.

 L’observation des dynamismes, couplée à l’analyse des matériaux émis, nous indiquent la remontée de plus en plus rapide d’un liquide profond, qui n’arrive pas à se différencier ce qui exclut l’alimentation de l’éruption à partir d’un réservoir superficiel de grande dimension.

 A partir de la fin de juin 00, l’activité de l’Etna cesse pour ne reprendre que de manière épisodique fin août au cratère SE, puis en octobre et vers les derniers jours de novembre simultanément au SE et à la Bocca .

. Les liquides émis par la Bocca et le SE sont de nouveau évolués (7.3<Th<8.2). La distinction entre les produits du SE, bien visible en octobre 99, et ceux de la Bocca, s’est estompée ce qui semble indiquer qu’un seul liquide a alimenté ces deux cratères sommitaux au cours des derniers mois. On remarque aussi que le liquide de la Bocca est légèrement plus évolué que celui émis en octobre 99.

 Les dynamismes,( petites coulées ,activité strombolienne modérée) moins énergétiques que ceux de la période précédente, laissent penser que le cycle éruptif est proche de sa fin et qu’il faut attendre une nouvelle alimentation d’origine profonde pour déclencher le prochain cycle éruptif.

 

Glossaire

  Une lave différenciée est une lave qui n’a plus sa composition initiale. Au cours de son ascension vers la surface, le magma se refroidit et se solidifie partiellement sous forme de cristaux. Ces cristaux , par différents mécanismes, se séparent du liquide :on désigne ce processus par le terme de Cristallisation Fractionnée. Pour suivre l’étendue de ce processus on analyse un élément ( ici le thorium) qui a la propriété de ne pas participer à la construction des cristaux : plus la quantité de cristaux sera grande, plus la quantité de thorium dans le liquide qui reste ( liquide résiduel) sera élevée, en d’autres termes plus la lave sera différenciée.

A l’inverse une lave pauvre en thorium sera désignée comme peu différenciée. Si la quantité de thorium correspond à celle de la lave au moment où elle s’est formée dans le manteau, on dit que le liquide est primaire.

Magma désigne le mélange de silicates fondus ( le liquide), de cristaux et de bulles de gaz qui constituent la lave.

Fontaine de lave est un jet dirigé de magma produit par la libération des gaz qui s’échappent à très grande vitesse et de manière continue. Dans la période janvier-juin 2000, les fontaines de lave, avec des bombes de plusieurs décimètres ont atteint des hauteurs supérieures à 1000m et les matériaux fins comme les cendres plusieurs kilomètres.

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Documents inédits du 01 février 2001

R. Clocchiatti, J. L. Joron

Laboratoire Pierre Süe, CEA-CNRS

 

Evolution de la composition chimique des laves de l’Etna émises dans la période janvier 99- décembre 2000

Dans les diagrammes sont reportées les teneurs en éléments majeurs exprimées en poids d’oxydes par rapport à la teneur en SiO2, considérée comme indice de différenciation.

  On constate que les points représentatifs de la composition des laves se disposent suivant des droites qui traduisent un processus de mélange accompagné par un processus de fractionnement cristallin. Il convient de remarquer que les teneurs en MgO de certaines laves dépassent 6 % ; ce sont les teneurs les plus élevées mesurées dans ces trente dernières années. Il faut remonter à l’éruption excentrique de Monte de Fiori en 1974 pour trouver des teneurs du même ordre.

La diminution du rapport CaO/Al2O3 indique la séparation de cristaux de clinopyroxène et celle du rapport MgO/Fe2O3 la séparation de minéraux ferromagnésiens.

Les alcalins, contrairement aux autres éléments, présentent une corrélation positive avec la silice, en d’autres termes ils se concentrent dans le liquide résiduel au cours de la différenciation.

Dans l’histogramme , teneurs en MgO en fonction du temps, on constate que les laves les plus basiques ont été émises en juin 2000, en accord avec les données obtenues à partir des éléments en trace et notamment le Th.

Légende des diagrammes ci-dessous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Documents inédits du 18 mai 2000

Deux laves différentes alimentent les cratères sommitaux de l’Etna

R. Clocchiatti, J. L. Joron

Laboratoire Pierre Süe, CEA-CNRS

 

Le suivi de la composition en éléments majeurs et traces sur roches totales et inclusions vitreuses, des produits émis au cours des différentes éruptions de l’Etna, nous apporte des informations sur les processus éruptifs et sur les mécanismes d’alimentation du volcan.

Pour cela, certains éléments chimiques obéissent à des lois simples et peuvent être utilisés comme des traceurs de la nature des laves. Nous prendrons ici l’exemple du thorium, élément ayant la propriété de rester dans la phase fondue de la lave et d’être insensible à la séparation des cristaux et des gaz.

La partie sommitale du volcan abrite quatre cratères actifs très proches : la Voragine et la Bocca Nuova qui constituent le cratère Central, le cratère Nord-Est et le petit dernier, apparu en 1971, le cratère Sud-Est (Fig. 1).

En général, ces différents cratères sont actifs séparément mais il arrive parfois que plusieurs cratères fonctionnent en même temps. Le suivi géochimique que nous effectuons depuis 1983 nous a amené à remettre en cause l’idée généralement admise que ces différents cratères étaient alimentés par un réservoir superficiel. Les différentes observations nous ont conduit à un modèle plus complexe d’alimentation faisant intervenir différents «paquets» de magmas provenant de taux de fusion variés d’une source homogène,leur individualisation perdurant depuis les zones profondes de fusion jusqu’au stade éruptif.

Les laves du cratère Central et du cratère Sud-Est se différencient par leur concentration en thorium, celles du cratère Central étant plus pauvres.

 

D'après Boris Behncke, Etna News

Le suivi de la dernière éruption, débutée en février 1999 et pendant laquelle les différents cratères ont fonctionné à un moment donné en même temps, vient confirmer cette analyse. La figure 2 présente les concentrations en Th mesurées au cours de la période novembre 98-novembre 99.

Des processus de mélange peuvent exister et compliquer le scénario : au cours d’une éruption, les différents magmas peuvent emprunter, près de la surface, le même conduit, se mélanger et sortir par le même cratère. Ainsi l’éruption de 1999 débute par la venue dans le cratère SE d’un magma équivalent à celui qui alimente le cratère Central. Après cet épisode, la lave du cratère SE va reprendre petit à petit ses caractéristiques habituelles.

Début octobre, les deux cratères fonctionnent en même temps, avec, de nouveau, des laves distinctes.

Cette complexité n’est pas propre à l’Etna et souligne l’intérêt d’un suivi pétrogéochimique pour mieux comprendre le fonctionnement d’un volcan.

 

 

 

 

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La dernière mise à jour de ce site date du 03/05/09